samedi 19 novembre 2016

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre - Ruta Sepetys

Titre : Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre
Auteure : Ruta Sepetys
Edition : Gallimard, Scripto
Nombre de pages : 425
Genres : Jeunesse, Historique
Résumé : Une nuit de juin 1941, Lina, quinze ans, sa mère, Elena et son petit frère, Jonas, dix ans sont brutalement arrêtés par la police secrète soviétique. Au bout d’un voyage épouvantable de six semaines, presque sans eau et sans nourriture, entassés dans des wagons à bestiaux, ils débarquent au fin fond de la Sibérie, dans un camp de travail soviétique. Logés dans des huttes, sous alimentés, brutalisés, les déportés tentent de survivre et de garder espoir.
Dans le kolkhoze, le travail de la terre est éreintant. Mais malgré la mort, la maladie, le froid, la faim et la terreur, Lina tient bon, soutenue par une mère exemplaire, son amour pour un jeune déporté de dix-sept ans, Andrius, et portée par sa volonté de témoigner au nom de tous et de transmettre un signe de vie à son père (condamné à mort dans un autre camp) grâce à son art du dessin et à l’écriture.

Un très bon roman.

      Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre me tentait depuis plusieurs années déjà, mais ce n’est que maintenant, grâce à la médiathèque encore une fois, que j’ai enfin pu me lancer. Comme je n’en attendais pas spécialement trop, j’ai passé un très bon moment de lecture.
       Comme le dit le résumé, l’histoire se passe en 1941, en Lituanie. Lina, 15 ans, son petit frère Jonas, 10 ans, et leur mère, sont arrêtés une nuit par le NKVD, la police soviétique. Déportés dans un wagon à bestiaux où l’existence est insoutenable, ils arrivent finalement au fin fond de la Sibérie, dans un kolkhoze, où ils sont exploités avec d’autres Lituaniens, Estoniens ou encore Finlandais. Lina est déterminée à résister, semant des dessins derrière elle dans l’espoir de contacter son père, déporté dans un autre camp. Sans oublier Andrius, déporté au même qu’elle…
       D’abord, le gros point fort de ce roman est le côté historique. En effet, j’ai lu pas mal de romans portant sur le génocide des Juifs, mais très peu sur l’occupation soviétique des pays baltes – à part dans Purge de Sofi Oksanen. Et jamais sur la déportation de Lituaniens, Lettons, Estoniens et Finlandais dans des kolkhozes sibériens, c’est pourquoi Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre est très intéressant de ce côté-là. Bien sûr, cela reste un roman jeunesse, mais on sent tout de même que Ruta Sepetys a fait des recherches sur ce sujet – elle est d’ailleurs fille de réfugié lituanien. Le lecteur capte bien la réalité des déportés soumis au NKVD et forcé de travailler pour survivre, alors que presque rien ne leur est donné en échange.
       D’ailleurs, comme tout roman jeunesse, il y a bien sûr une histoire d’amour qui se construit, c’est gros comme un camion et d’ailleurs mentionné dans le résumé. Toutefois, le bon point, c’est que le livre est loin de ne tourner que autour de cela : en plus de traiter d’un sujet historique, l’auteure nous transmet un réel message qui va beaucoup plus loin que l’amour de deux déportés adolescents et qui est incarné par des personnages forts telle que la mère de Lina : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Cela a l’air tout bête, très moralisateur, mais ce message reste très actuel de nos jours : ce n’est pas parce qu’on est victime d’une injustice qu’on doit à notre tour en commettre. C’est quelque chose de très vrai.
       Cependant, je n’ai pas réussi à être totalement à fond dans ma lecture, je ne sais pas pourquoi. En fait, j’avais entendu beaucoup de bien du style de l’auteure, mais personnellement, je ne lui ai rien trouvé de particulier, il ne transmet pas vraiment d’émotion malgré des messages forts. C’est peut-être à cause de cela que je n’ai pas réussi à m’attacher à Lina : ce n’est pas qu’elle soit chiante ni rien, c’est juste que je ne me suis pas sentie proche d’elle.
       J’ai préféré les autres personnages, bien qu’ils ne soient pas parfaitement approfondis. Jonas, le frère de Lina, est réaliste, attachant, et j’ai bien aimé Andrius, même si au final on ne le connait pas totalement. La mère de Lina reste à mes yeux la plus marquante, par sa force morale qui ne peut qu’être admirée : même au milieu de misère et de désespoir, elle a su rester juste et altruiste.
       Il est également appréciable de voir que l’auteure a su nous rendre proches des personnages secondaires, mais tout aussi importants : la plupart des personnes déportées dès le début avec Lina et sa famille. On continue de les voir même après le voyage, l’auteure ne s’en débarrasse pas, et pour un tel sujet, je trouve que c’est un très bon choix, c’est important de continuer à suivre tous ces gens, même s’ils ne sont pas très approfondis.
       Enfin, le point noir de Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre est, à mes yeux, la fin. Je l’ai trouvée vraiment trop précipitée : il y a un moment de calme et là, paf ! épilogue. Cela m’a déçue, j’aurais tellement aimé avoir des informations sur ce qu’il se passe pour les personnages entre l’épilogue et le passage avant. C’est trop vague, je continue de me poser des questions, il y a un réel manque d’approfondissement, comme si Ruta Sepetys s’était dépêchée de clore son histoire. Je peux comprendre son choix, mais voilà, il ne me plaît pas, j’ai l’impression qu’il gâche tout.
       Il n’empêche que cela reste un livre marquant, qui se lit vite en prime. Il mérite d’être lu, car il ne laisse pas indifférent, dévoilant une tranche de l’histoire peu étudiée à l’école. La Seconde Guerre Mondiale a fait des victimes dans toutes les nations d’Europe, même celles qu’on a tendance à oublier, comme les pays nordiques. Staline était autant un monstre qu’Hitler, aussi envahisseur et aussi sans pitié. Il ne faut jamais oublier.

       Ainsi, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre est une très bonne lecture, très intéressante du point de vue historique et porteuse d’un message fort. J’ai moins accroché au style qui m’a paru sans intérêt et aux personnages pas toujours très approfondis, et encore moins à la fin vraiment trop précipitée, mais je vous encourage à le lire, il vaut tout de même le coup.

29 commentaires:

  1. J'avais adoré ce livre ! Je ne connaissais pas du tout la Seconde Guerre mondiale de ce côté du continent, et malgré le fait que l'histoire soit racontée comme dans un journal intime, je me suis attachée aux personnages. Il est vraiment à lire.

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    1. C'est super. :) C'est pareil pour moi, pour la partie historique en tout cas. Je suis d'accord avec toi.

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  2. J'ai très envie de découvrir l'auteur et je pense que je commencerai par Salt to the Sea. Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre a l'air également intéressant et surtout très bien pour le côté historique mais il me tente un peu moins. Cela dit, je ne connais rien de ce côté de la Guerre donc j'espère le découvrir un jour !

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    1. C'est comme tu veux. :) Le sel de nos larmes me tente bien aussi !

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  3. Je lirai ce livre quand j'aurai un peu vider ma PAL. Et aussi quand je serai moins lassée des histoires sur la guerre. En tout cas, l'histoire a l'air intéressante, surtout vu le cadre !

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    1. La guerre est présentée sous un autre point de vue, c'est intéressant et ça change de ce qu'on a déjà lu.

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  4. Je veux le lire depuis très longtemps mais à la place j'ai lu son dernier Le sel de nos larmes qui est très émouvant ^^

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  5. J'ai lu ce roman il y a quelques années et je me rappelle l'avoir énormément apprécié! J'adore cette auteure, elle écrit toujours de très bon romans ^^

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    1. Contente que tu aies aimé. :) Je pense lire ses autres romans un jour !

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  6. C'est un roman, qui m'a beaucoup marquée, un de mes premiers sur ce thème si horrible...
    Victoire3

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  7. Je l'ai lu à sa sortie, ça commence à remonter donc malheureusement je ne peux pas trop comparer nos avis… Mais je sais que j'avais beaucoup aimé aussi :)

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    1. L'essentiel c'est que ton souvenir reste positif. :)

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  8. J'avais du le lire pour l'école à l'époque ! J'avais vraiment adoré ! :D

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    1. Carrément pour l'école ? ^^ Je comprends que tu aies aimé !

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  9. C'est un livre dont j'ai pourras mal entendu parler, et toujours en bien. D'ailleurs, je pense que c'est la première fois que je lis une chronique qui en relève un peu les défauts, donc merci, ça permet de se lancer en toute connaissance de cause, et surtout de ne pourras en attendre trop.

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    1. Je suis contente que ma chronique te soit utile. J'avais moi aussi vu pas mal d'avis très positifs, et des fois cela pousse à en attendre trop, c'est dommage.

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  10. Je ne connaissais pas du tout ce livre... Mais les romans réalistes ne m'inspirent pas vraiment en ce moment. Quoi qu'il en soit, pour avoir vu et revu l'époque de Staline l'année dernière, tu as raison de souligner le mental fort de la mère et l'histoire d'amour de Lina. Un peu d'espoir dans ces temps n'était pas de trop j'imagine... :/

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    1. Je te comprends. :) Tu as bien raison...

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  11. Comme tu le sais, j'ai lu "Le sel de nos larmes", que j'ai adoré :D
    Je compte lire "Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre", un jour, mais peut-être pas tout de suite. Contente que tu aies tout de même aimé !

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    1. Oui. ^^
      J'espère qu'il te plaira quand tu le liras ! Merci. :)

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  12. J'avais vraiment adoré ce livre qui fait découvrir le vécu de cette époque de l'autre côté de ces frontières ! Mais je dois bien reconnaître que tu as raison à propos de la fin trop précipitée et des personnages secondaires pas assez approfondis... En tout cas que suis contente qu'il t'ait plu ! :)

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  13. Un roman très fort dont je garde un beau souvenir!

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  14. J'ai lu deux fois ce roman, la deuxième fois pour le prix des incorruptibles au collège ça remonte un peu donc, mais j'en garde un souvenir assez vif... J'ai pleuré à chacune de mes lectures; les livres traitant de la Seconde Guerre mondiale, de la déportation me touchent énormément...

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  15. Je n'aime pas du tout les fins précipitées :/. Malgré tout je suis intriguée par ce roman pour son côté historique, donc je pense tenter le coup malgré les quelques points négatifs que tu soulignes !

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